Terafab, le puzzle de Musk est enfin complet
Le 21 mars 2026, Elon Musk a officialisé Terafab : une joint-venture à 25 milliards de dollars entre Tesla, SpaceX et xAI pour fabriquer ses propres puces IA. L’objectif affiché ? Produire 1 térawatt de calcul par an. La production mondiale actuelle est de 20 gigawatts. Terafab représente 50 fois la capacité mondiale. Prenez le temps de relire cette phrase.
Depuis des années, je répète que Tesla n’est pas un constructeur automobile. C’est une boîte de tech et de robotique qui fabrique des voitures pour se financer. Optimus, FSD, les robotaxis : tout ça ne tient que si vous avez le compute pour faire tourner les modèles. Et là, Musk se retrouve face à un mur simple : TSMC ne peut couvrir que 2% de ses besoins, avec une file d’attente de trois ans. Sa réponse est à son image : il construit lui-même.
Ce que Terafab change concrètement
Deux familles de puces sont prévues. Les AI5 et AI6 pour l’edge inference : ce sont elles qui feront tourner Optimus et le FSD directement dans les machines, sans passer par le cloud. Pour un robot humanoïde ou un véhicule autonome, c’est la différence entre réagir en temps réel et mourir dans un angle mort. Et les D3, durcies pour l’espace, destinées aux data centers orbitaux que SpaceX compte déployer via Starship.
80% du compute de Terafab sera hébergé dans l’espace. L’argument technique est sérieux : en orbite, l’énergie solaire est 5 fois plus dense qu’au sol, la dissipation thermique dans le vide est plus efficace, et il n’y a aucune contrainte de réseau électrique terrestre. Pour rappel, la production électrique totale des États-Unis est de 0,5 térawatt. Terafab vise à dépasser ça, dans l’espace.
Le talon d’Achille qu’on n’a pas vu venir
Musk sort de la dépendance TSMC. Très bien. Sauf qu’il tombe dans une autre.
Pour fabriquer des puces avancées, il faut des machines de lithographie EUV. Ces machines pèsent 165 tonnes, coûtent 380 millions de dollars pièce, et un seul fournisseur au monde peut les produire : ASML, entreprise néerlandaise qui détient un monopole absolu. Pas de concurrent sérieux en vue. File d’attente de plusieurs années pour les nouveaux entrants.
Terafab c’est la verticalisation totale de l’empire Musk, sauf ASML. Musk change de maître, il ne s’en affranchit pas. La logique long terme tient : investir 8 ans de capex douloureux pour tourner en autonomie pendant 25 à 30 ans, c’est cohérent. Mais c’est le point que l’annonce n’adresse pas, et c’est honnête de le nommer.
La question qu’on a quand même le droit de poser
Je crois au projet. Mais il y a une coïncidence de calendrier qu’on serait malhonnête d’ignorer.
L’IPO de SpaceX est visée pour juin 2026, à une valorisation estimée entre 1,5 et 1,75 trillion de dollars. Terafab est annoncé trois mois avant. L’analyste Dan Ives de Wedbush prédit une fusion Tesla/SpaceX en 2027, et qualifie Terafab de première étape. Présenter Terafab comme « the most epic chip building exercise in history by far » pile avant une introduction en bourse historique, ça ne rend pas le projet moins réel. Ça rend juste le timing très bien choisi.
Et il n’y a pas que le timing. Il y a le prix. L’annonce parle de 20 à 25 milliards de dollars. Morgan Stanley estime le coût réel entre 35 et 45 milliards pour bâtir une capacité de fabrication avancée significative. Le budget annoncé ne couvre probablement que la moitié de l’addition finale. On verra d’où vient le reste.
Sam Altman a qualifié les plans de data centers spatiaux de Musk de « ridiculous ». C’est un avis qui se défend dans le court terme. C’est un avis qui vieillit mal si Musk exécute ne serait-ce qu’un tiers de sa feuille de route.
Pour ceux qui ont la mémoire longue, tout ça rappelle quelque chose. En septembre 2020, Musk promettait une révolution avec les cellules 4680. Coûts divisés par deux, production à 10 GWh en un an, 3 TWh d’ici 2030. Cinq ans plus tard, les 4680 restent une déception. Terafab, c’est le même genre de pari, à une échelle encore supérieure, dans un domaine où Musk n’a aucun historique de production.
La vision est sincère ET le narratif sert la valorisation. Les deux ne s’excluent pas. Il l’a fait avec Tesla, il l’a fait avec SpaceX, il recommence avec Terafab.
Pendant ce temps, tout le monde débat encore de savoir si Optimus c’est du vrai ou du marketing. Tesla a posté plus de 100 offres d’emploi en robotique sans que personne ne s’en émeuve vraiment. Et maintenant ils construisent leurs propres puces à une échelle qui n’a pas de précédent.
Dans cinq ans, soit Terafab aura reconfiguré le rapport de force mondial sur les puces IA, soit on se souviendra de l’annonce comme du meilleur pitch de levée de fonds de la décennie. Pour l’instant, les deux se ressemblent étrangement. Et honnêtement ? Je mise plutôt sur le premier.
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