Alternative à Cloudflare : je teste Bunny.net pour mon blog
Mon blog tourne sur Cloudflare depuis des années, en plan gratuit, de bout en bout. Aujourd’hui je teste sérieusement de le passer chez Bunny.net, un acteur slovène. Pas pour la vitesse. Pas pour l’argent. Pour ramener une brique de plus en Europe.
Pour la petite histoire, juliendoclot.com vit chez Cloudflare Free : la gestion des noms de domaine, l’accélération du chargement des pages, la protection contre les attaques, et même les images servies depuis leur stockage R2. Ça coûte 0 euro. Ça marche. Pourquoi diable changer ? Parce que je veux que mon infra soit, à terme, le plus possible en Union Européenne. Cap simple, posé proactivement, pas en réaction à un incident.
Pourquoi je veux quitter une infra US
J’aime bien Cloudflare. Techniquement, c’est l’un des produits les plus impressionnants des quinze dernières années. Le plan gratuit reste imbattable. Mais le contexte autour me pousse à reconsidérer.
Cloudflare est une société du Delaware, soumise au CLOUD Act américain, qui permet aux autorités US d’exiger l’accès aux données stockées par une entreprise américaine même si l’hébergement physique est en Europe. Pour un blog public, ce n’est pas une catastrophe immédiate et ce n’est pas mon argument numéro un pour migrer. Mais j’essaye de me préparer au mieux en cas de problème ou de coupure de services.
Le timing aide. Le 7 mai 2026, Cloudflare a annoncé le licenciement de 1100 personnes, soit 20 % de ses effectifs. Pas une coupe défensive, ils viennent de faire +34 % de revenu en Q1. Un pivot stratégique assumé vers une organisation pensée d’abord pour l’IA agentique, selon leurs propres mots. Le métier historique de réseau de diffusion de contenu reste, mais il n’est plus la priorité de la roadmap.
Et il y a l’incident du 18 novembre 2025. Cinq heures et demie de panne globale, une page web sur cinq inaccessible au pic. Quand un seul acteur peut casser un cinquième du web, vous commencez à vous demander si ce n’est pas le moment d’arrêter de tout faire passer par eux.
Cette trajectoire, je l’ai déjà entamée. Fin avril, j’ai sorti mes serveurs MCP (un protocole qui permet à Claude de parler à mon infrastructure) du système de Cloudflare pour les remettre sur un serveur que je loue en Europe, avec des logiciels open source européens pour l’authentification et le routage. Ça tourne nickel. Le blog est l’étape logique suivante.
Bunny.net, c’est qui ?
Société slovène basée à Ljubljana. Il s’agit d’une société indépendante concentrée sur deux choses : faire transiter les contenus web le plus vite possible jusqu’aux visiteurs, et stocker des fichiers dans des serveurs proches de ces visiteurs. Pas de pivot stratégique en cours, pas d’introduction en bourse, pas de levée de fonds géante, pas de licenciements massifs. Ils ont 119 serveurs répartis dans le monde, contre environ 330 chez Cloudflare. Sur le papier, ils jouent dans une autre catégorie.
Mais la vraie différence n’est pas dans le nombre de serveurs. Pour mon audience francophone et germanique, leur réseau couvre largement la zone : Bruxelles, Paris, Amsterdam, Frankfurt, et d’autres. La vraie différence est juridique : Bunny opère sous droit slovène, soumis au RGPD européen seul, pas au CLOUD Act américain.
Mes arguments pour quitter Cloudflare
Trois arguments solides :
Souveraineté juridique réelle. Pas juste un contrat qui dit « vos données sont en Europe », mais une entreprise européenne soumise au droit européen. C’est cohérent avec ma trajectoire personnelle : MCP rapatriés sur un serveur que je loue en Europe, Tailscale plutôt qu’un VPN américain, Ghostfolio auto-hébergé plutôt que Finary.
Engagement contractuel de disponibilité. Bunny garantit par contrat 99,99 % de disponibilité avec barème de crédits en cas de panne. Cloudflare Free ne garantit rien contractuellement. Vous utilisez un service de production sans engagement de leur part. Pour un blog perso, le risque est gérable. Pour quelque chose dont dépend votre chiffre d’affaires, la question mérite d’être posée.
Diversification stratégique. Cloudflare se transforme en plateforme d’IA agentique. C’est leur droit, c’est probablement malin pour eux. Mais si demain ils privilégient leurs clients « agents » au détriment des comptes gratuits, je préfère ne pas être verrouillé chez eux. C’est l’argument qui va peser le plus dans mon choix.
Les vraies limites de Bunny
Je trouve plus utile de pointer les défauts d’une solution que j’envisage que ses qualités. Voici ce qui me retient pour l’instant.
Le bug de stockage non résolu. Un client de Bunny a publié un retex détaillé sur le forum LowEndTalk : depuis janvier 2025, ses fichiers disparaissent silencieusement du serveur de stockage principal de Bunny, présents sur les serveurs de copie de sécurité, absents sur le principal, sans aucune trace de suppression. Le support Bunny a confirmé le bug. Plus d’un an après, toujours sans correctif officiel. Pour un blog WordPress dont les images sont la moitié de la valeur, c’est rédhibitoire en l’état. La parade que je vais probablement adopter : garder Cloudflare R2 comme source de vérité des images, et mettre le réseau Bunny en lecture devant. Vous obtenez la vitesse Bunny sans dépendre de leur stockage comme source unique.
Pas d’équivalent aux outils de calcul à la périphérie de Cloudflare (Workers, KV, D1, pour ceux qui connaissent). Si vous voulez faire tourner du code directement sur le réseau de diffusion, plutôt que sur votre serveur d’origine, l’écosystème Bunny est plus jeune. Pour un blog WordPress qui se contente de mettre en cache des pages, ce n’est pas un problème. Pour un projet plus ambitieux, c’est un vrai trou.
Pas de CAPTCHA gratuit équivalent. Cloudflare fournit Turnstile, un CAPTCHA respectueux du RGPD, gratuit et qui marche très bien. Bunny n’a rien d’équivalent en natif.
Plus 36 dollars par an facturés. Là où je suis aujourd’hui à 0. Marginal mais réel.
Ce que ça va donner
Honnêtement, je ne sais pas encore si je vais basculer. La souveraineté européenne me dit oui. Le bug de stockage chez Bunny me dit « attends et fais un montage hybride ».
La décision sera prise dans les prochaines semaines. Si je migre, ce sera pour la souveraineté et la cohérence, pas pour gagner quelques millisecondes. Et aussi pour répondre à une question qui me semble importante : est-ce qu’une alternative européenne peut vraiment remplacer un géant américain au quotidien ? Si on ne teste pas, on ne sait pas. Je vous raconterai.
Test en cours. La suite au prochain épisode.
Le lien vers Bunny.net dans cet article est un lien de parrainage. Si vous vous inscrivez en passant par là et devenez client payant, je touche 20 dollars en crédit Bunny. Ça ne change rien pour vous, et ça n’a évidemment pas pesé dans ce que j’ai écrit.
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